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Regards croisés : l'éthique vue par...

L'éthique est une réelle préoccupation tant chez les élèves-ingénieurs que chez les équipes de direction des écoles. Voici deux témoignages, deux points de vue croisés qui donnent un regard objectif sur l'éthique au quotidien. Delicious

Point de vue d'un étudiant : Angélique ESTEVE, diplômée esaip septembre 2009

Lauréate 2009 du prix régional de l'éthique professionnelle étudiante organisé par le Rotary et la Conférence des Grandes Ecoles 


Que représente pour vous l'éthique dans votre profession future ?
Pour moi, l'éthique ne doit pas se limiter à la seule responsabilité de ses actes ou de ses produits : il faut considérer l'éthique au sens le plus large.
Il faut s'attacher à toutes les répercutions de ses actions, comme je le souligne dans l'essai « La responsabilité éthique de l'individu et de son entreprise : de la production à l'utilisation finale d'un produit ». De l'achat d'un produit, avec le souci de fabrication et de respect des normes de sécurité, d'hygiène, de conditions de travail, de protection de l'environnement, de sécurité des matières employées, jusqu'à la commercialisation et le transport d'un bien, tout élément intervenant est capable d'influer de manière radicale sur la conception éthique d'un produit.

Alors, pour moi, l'éthique, c'est faire en sorte que chacun puisse s'épanouir tout en respectant le monde vivant autour de lui et qu'individuellement soient prises les responsabilités collectives des être humain.

 

Et c'est aussi échanger pour fédérer des valeurs communes, reconnues de tous et qui doivent permettre à tous de vivre de manière équitable.


Pensez-vous qu'une charte éthique soit nécessaire ?

La mise en place d'une charte éthique dans les écoles d'ingénieurs me semble une idée intéressante pour une prise de conscience collective. Cependant, pour moi, l'éthique, où la représentation de ses valeurs, doit être naturelle : c'est-à-dire que chacun devrait être capable d'évaluer, de lui-même, ses propres actions déclinées sous tous les tenants éthiques.

Le problème posé par cette mise en place est celui de la spontanéité puisque pour moi l'éthique est inévitablement liée à la conviction profonde de chaque individu du bien et du mal et de son engagement face à ses autres congénères. Aussi, si l'on voulait être candide, pourrait-on dire : « Cette signature doit se faire par conviction des valeurs défendues et non par vive recommandation d'une quelconque autorité, sous peine de remettre en cause toute légitimité éthique de cette charte. »

Malgré cela, l'évolution de la société et de ses modes de vie nous conduit souvent à devancer les modes (de consommation) en créant des tendances. Aussi, si le partage, l'écoute et la tolérance sont les bases d'une éthique juste, des temps forts de réflexion et séances d'ouvertures culturelles pourraient bien en être le moteur.

Pour moi, seule la création d'une base de valeurs communes, et ce à grande échelle, permettrait de faire évoluer les mentalités de manière significative. En ce sens, « Paris ne s'est pas construite en un jour » et il faut donc bien un commencement à tout bouleversement de la société. « Puisse cette charte nous gager d'un avenir plus éthique ! ».


Votre école vous transmet-elle des valeurs éthiques utiles pour l'avenir ?

Les opportunités d'échanges développées au travers de mes études à l'ESAIP m'ont permis d'appréhender de nouvelles perspectives sur les valeurs des individus, notamment à travers mes responsabilités dans les différentes associations de l'école. En effet, outre les aspects administratifs, l'expérience humanitaire que j'ai vécue au Maroc m'a apporté un recul certain sur nos modes de vie. D'autre part, les séjours d'études réalisés à l'étranger (2 séjours obligatoires inscrits dans le cursus) sont de réelles sources d'apprentissage de par l'échange et le dialogue instauré entre des personnes de cultures et de cultes très différents. L'apprentissage et la découverte d'autres considérations philosophiques ou politiques permettent de mieux s'interroger sur ses propres croyances et donnent matière à réflexion sur la vertu de notre propre morale.

Cette introspection profonde agrémentée par les expériences vécues, permet de se construire et de s'affirmer à présent afin de prendre position et défendre ses opinions pour un futur plus humain.

 


Point de vue d'un directeur; Dominique Kervadec, administrateur provisoire de l'EIC


Comment évoquez-vous l'éthique dans vos enseignements ?
Difficile de dissocier l'enseignement du management, compétence de base pour l'ingénieur, de l'éthique dans la forme de management. Encore faut-il trouver des situations professionnelles qui permettent d'aborder ce sujet et qui soient parlantes pour des étudiants. Au sein d'ESIX Normandie,  nous avons choisi d'aborder l'éthique notamment dans l'unité d'enseignement concernant la santé et la sécurité au travail. C'est l'occasion de s'interroger sur les différentes déclinaisons de la performance dans l'entreprise (économique, sociale, environnementale, en sécurité...) et de s'interroger sur les effets combinés de ces différentes performances sur la productivité de l'entreprise.

Pensez vous que l'éthique de l'ingénieur se prépare dès le cursus de formation ?

Oui et cela est même essentiel. En effet, il est évident que l'on devient un bon manager par la pratique du management. Même si  à travers ses stages, le jeune diplômé a pu être mis en situation de management, son expérience reste très réduite. Si l'on n'y prend pas garde, il risque d'avoir simplement assimiler des connaissances théoriques qu'il peut alors, par facilité, utiliser comme des recettes. Pour éviter cette dérive, il est important de lui donner des éléments, des repères, lui permettant d'initier une interrogation sur sa pratique du management et ses conséquences ; l'objectif est qu'il développe alors sa propre approche, sa propre vision du management, en utilisant notamment son histoire et ses expériences personnelles.

Enfin, n'oublions pas que la préoccupation de la santé et de la sécurité au travail est d'abord celle des managers de proximité, et que bien souvent ce rôle est dévolu au jeune ingénieur, si ce n'est à l'ingénieur débutant.

Quelles valeurs transmettez-vous à vos élèves ingénieurs ?
Spontanément je dirais : le partage, l'humilité et le dialogue. Le partage de ses connaissances, de son expérience et de ses bonnes pratiques. L'humilité dans l'utilisation des connaissances acquises en formation, pour pouvoir en cerner les limites et respecter les connaissances de ses interlocuteurs, voire de ses subordonnés.
Le dialogue, et son corollaire qu'est l'écoute, car le management ne peut se traduire par des décisions unilatérales, donc imposées sans concertation.

En conclusion, je pense que l'étique doit être considérée comme une compétence professionnelle indispensable à l'ingénieur.




Point de vue enseignant : Patrick Chassaing, enseignant-chercheur à l'INP-ENSEEIHT et l'ISAE

Comment évoquez-vous l'éthique dans vos enseignements ?     
A partir de cas concrets ou de situations vécues en cours. Par exemple le relevé de présence (par circulation de feuille d'émargement) faisant apparaître plus de signatures que d'étudiants effectivement assis dans l'Amphi. Je fais ensuite un "petit couplet" sur le sens des responsabilités et  lamoralité du cadre en devenir !

Il peut également y avoir le recours "massif" à l'abstention sur une question de connaissance scientifique posée collectivement. Il est complété par un "petit couplet" sur ce que l'on attend d'un "technicien-scientifique-expert" (toute personne sensée détenir un savoir !) : différence entre "gérer" un problème, "resoudre" un problème et "je ne sais pas".
Enfin, un autre moyen consiste en un exposé introductif sur l'approche statistique en physique : sens des outils mathématiques appliqués à des situations du quotidien, interrogation sur le contenu d'une "vérité statistique".

Pensez vous que l'éthique de l'ingénieur se prépare dès le cursus de formation ?
OUI, ABSOLUMENT INDISPENSABLE

Quelles valeurs transmettez-vous à vos élèves ingénieurs ?
Je ne suis pas sûr de transmettre réellement des valeurs, mais celles que j'aimerais transmettre seraient :
      - le sens des responsabilité, d'homme, de décideur, d'expert;
      - la valeur de l'engagement moral, personnel, collectif;
      - la loyauté et l'honnêteté au moins intellectuellement parlant !

> D'autres témoignages sont également disponibles
 

publié le 12 avril 2010

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