Colloque de la CTI : repenser la notion de « taille critique » des écoles d’ingénieurs à l’aune de la diversité et des ressources
11/02/2026
À l’occasion du colloque annuel de la Commission des titres d’ingénieur (CTI), un atelier animé par Claire Peyratout, présidente de la CTI, a réuni plusieurs acteurs de l’enseignement supérieur autour d’un enjeu central : diversité des profils étudiants, modèles économiques et taille critique des écoles d’ingénieurs. Audrey Denicourt (enseignante-chercheure à l’ENSC Rennes et représentante de la fédération Gay Lussac), Jean-Marc Ogier (directeur général de CESI), Jean-Michel Nicolle (directeur de l’EIGSI) et Emmanuel Duflos (président de la CDEFI et directeur général de l’EPF), ont croisé leurs analyses pour éclairer les profondes mutations du secteur.
Jean-Michel Nicolle a ouvert les échanges par un rappel historique de l’expansion du nombre d’écoles d’ingénieurs à partir des Trente Glorieuses et des effectifs dans les écoles d’ingénieurs. Quelque 250 000 apprenants sont désormais inscrits dans une école d’ingénieurs en France. Cette évolution s’accompagne de transformations structurelles majeures : développement de modèles multi-campus, diversification des publics, nouvelles attentes sociétales et pression accrue sur les équilibres économiques.
Jean-Marc Ogier a partagé le retour d’expérience d’un établissement multi-campus confronté à l’accueil de publics toujours plus diversifiés. Il a souligné l’importance d’un modèle hybride, combinant pilotage national et ancrage territorial, pour maintenir proximité avec les étudiants tout en assurant cohérence stratégique. Il a également mis en avant le développement de parcours individualisés et de dispositifs d’accompagnement renforcés, conçus pour sécuriser les trajectoires et favoriser la réussite, notamment pour les étudiants issus de profils scolaires variés. Une illustration concrète de la manière dont les écoles adaptent leurs organisations pour répondre à la massification tout en préservant la qualité pédagogique.
Audrey Denicourt a présenté des exemples de dispositifs mis en place pour diversifier les profils recrutés, dans une logique d’ouverture sociale et scolaire. Elle a notamment détaillé l’ouverture progressive des cycles préparatoires intégrés aux bacheliers technologiques via le programme « Tremplin Ingénieur ». Ce parcours repose sur un accompagnement pédagogique renforcé sur deux ans, associant remise à niveau scientifique, suivi individualisé et soutien méthodologique, afin de permettre à ces étudiants d’atteindre les prérequis académiques nécessaires. Elle a souligné les premiers résultats encourageants de cette démarche, avec l’arrivée des premiers diplômés issus de ces parcours, démontrant qu’il est possible de conjuguer élargissement des viviers, égalité des chances et maintien des standards d’excellence du diplôme d’ingénieur.
Emmanuel Duflos a rappelé la grande diversité des écoles d’ingénieurs, publiques ou privées, internes ou externes aux universités, relevant de différents ministères, qui rend toute approche purement quantitative de la « taille critique » isuffisante : « la taille critique est d’abord une question de capacité à agir ».
Ressources financières, capacité de gouvernance, performance administrative, organisation interne : pour le président de la CDEFI, les véritables seuils critiques sont avant tout des seuils de gestion. Ils conditionnent la capacité des écoles à :
- accueillir et accompagner une diversité croissante de profils étudiants,
- remplir pleinement leurs missions de formation, de recherche et d’innovation,
- maintenir qualité, attractivité et efficacité dans un contexte de contraintes renforcées.
Le sujet n’est ainsi pas uniquement la taille, mais la capacité des établissements à adapter leur organisation pour intégrer de nouveaux publics tout en garantissant l’excellence des formations.
Les échanges ont mis en lumière les initiatives concrètes engagées par les écoles : ouverture à de nouveaux profils scolaires, dispositifs d’accompagnement des bacheliers technologiques, parcours individualisés, ou encore actions ciblées pour renforcer la féminisation des formations, comme la voie d’accès dédiée mise en place à l’EPF.
Autre point fort des discussions : l’internationalisation, désormais incontournable face à la pénurie d’ingénieurs. Emmanuel Duflos a rappelé qu’il s’agit d’un enjeu de souveraineté et de compétitivité, tout en soulignant les fortes disparités entre établissements dans leur capacité à recruter directement à l’étranger.
La CDEFI remercie chaleureusement la CTI pour son invitation et pour la qualité de cet espace d’échange.