À l’heure où les équilibres géopolitiques se recomposent, où les transitions écologique, industrielle et numérique redéfinissent les conditions de la souveraineté des États, et où l’intelligence artificielle transforme jusqu’aux modalités de production des savoirs, la formation des ingénieurs retrouve une place éminemment stratégique. C’est dans ce contexte que la CDEFI a célébré, les 4 et 5 juin 2026 à Metz, le cinquantième anniversaire de sa création à l’occasion de son colloque annuel, organisé en partenariat avec Lorraine INP - Université de Lorraine.
Placée sous le thème « L’attractivité des écoles d’ingénieurs : entre tensions et choix stratégiques », cette édition anniversaire n’a pas seulement constitué un temps de célébration. Elle a offert à la communauté des écoles d’ingénieurs un espace de réflexion collective sur les mutations profondes qui traversent l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation, ainsi que sur le rôle déterminant que les établissements sont appelés à jouer dans la préparation des réponses aux grands défis scientifiques, technologiques, industriels et démocratiques de notre temps.
Ouvrant les travaux, Emmanuel Duflos, président de la CDEFI, aux côtés de Paul Jacquet, ancien président de la Conférence et invité d’honneur de cette édition anniversaire, a inscrit ce cinquantième anniversaire dans une perspective historique. Depuis sa création en 1976, la CDEFI accompagne les profondes transformations des écoles françaises d’ingénieurs, tout en veillant à préserver ce qui fait la singularité d’un modèle reconnu dans le monde entier : l’articulation entre excellence scientifique, proximité avec les entreprises, recherche, innovation et service de l’intérêt général. Cinquante ans après sa création, la Conférence entend plus que jamais porter la voix des écoles d’ingénieurs dans les débats qui engagent l’avenir du pays.
Au fil des deux journées, une conviction commune s’est imposée : l’attractivité des écoles d’ingénieurs ne peut plus être appréhendée sous le seul prisme du recrutement étudiant. Elle constitue désormais un enjeu de souveraineté scientifique, technologique et industrielle. Former davantage d’ingénieurs, attirer les meilleurs talents, renforcer les carrières académiques, développer la recherche en ingénierie et accroître le rayonnement international des établissements participent d’une même ambition : garantir à la France et à l’Europe leur capacité à concevoir, produire et maîtriser les technologies qui façonneront le monde de demain.
Cette réflexion a été nourrie dès la conférence introductive consacrée aux tensions géopolitiques et à l’attractivité internationale. Dans un contexte de compétition mondiale exacerbée pour les talents, les investissements et les technologies critiques, les échanges ont rappelé que la maîtrise scientifique et technologique constitue désormais l’un des principaux déterminants de la puissance des États. La souveraineté industrielle, énergétique, numérique ou encore la résilience démocratique sont désormais indissociables de la capacité à former, retenir et attirer les compétences scientifiques de haut niveau. Les débats ont ainsi souligné l’urgence pour l’Europe de renforcer son ambition en matière de recherche, d’innovation et d’industrialisation, tout en développant une véritable stratégie d’anticipation des ruptures technologiques.
L’intelligence artificielle a constitué l’un des autres fils conducteurs du colloque. Loin des oppositions simplistes entre fascination technologique et inquiétude, les intervenants ont interrogé les transformations qu’elle induit dans le métier d’ingénieur comme dans les pratiques pédagogiques. Tous ont convergé vers un même constat : si l’intelligence artificielle modifie profondément les modalités d’apprentissage, elle renforce simultanément la valeur des compétences spécifiquement humaines. Esprit critique, créativité, discernement, capacité à concevoir des systèmes complexes, aptitude à coopérer et à apprendre tout au long de la vie apparaissent plus que jamais comme les qualités distinctives de l’ingénieur de demain.
Les différentes tables rondes ont également rappelé que l’attractivité des formations se construit bien en amont de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Les échanges consacrés aux représentations des métiers ont montré combien les choix d’orientation demeurent influencés par des stéréotypes persistants, qui freinent notamment l’accès des femmes aux filières scientifiques. Les participants ont plaidé pour une présentation renouvelée des métiers d’ingénieurs, davantage centrée sur leur contribution aux grandes transitions environnementales, industrielles et sociétales. Car l’ingénieur n’est plus seulement celui qui résout des problèmes techniques : il est aussi celui qui conçoit les réponses collectives aux défis contemporains.
L’attractivité concerne également celles et ceux qui font vivre les établissements. Les travaux consacrés aux carrières académiques ont mis en évidence les tensions croissantes qui pèsent sur le recrutement et la fidélisation des enseignants-chercheurs. Dans un contexte de concurrence accrue pour les talents et d’évolution des aspirations professionnelles, les écoles sont appelées à renforcer leur capacité à offrir un environnement de travail stimulant, conciliant excellence scientifique, qualité de vie au travail, accompagnement des parcours et reconnaissance des missions académiques. Cette réflexion rejoint un enjeu plus large : assurer le renouvellement des compétences scientifiques indispensables au développement de la recherche française.
La dimension internationale a, elle aussi, occupé une place centrale dans les débats. Alors que les étudiants étrangers représentent déjà près d’un étudiant sur cinq dans les écoles d’ingénieurs, les participants ont souligné que l’attractivité internationale ne saurait se limiter à une politique de recrutement. Elle suppose un parcours cohérent, allant de la promotion de l’offre française à l’étranger jusqu’à l’accompagnement des étudiants dans leur intégration académique, sociale et professionnelle. Dans le contexte de la stratégie Choose France for Higher Education, les échanges ont rappelé que la qualité de l’accueil, la lisibilité des formations, le développement de cursus internationaux et la construction de partenariats durables constituent désormais des leviers majeurs de compétitivité.
La réflexion prospective conduite tout au long du colloque a enfin permis d’esquisser les contours de l’école d’ingénieurs de demain. Les scénarios élaborés collectivement convergent vers une vision renouvelée de l’établissement : une école ouverte sur son territoire, connectée aux entreprises, à la recherche et à la société ; un lieu où les parcours deviennent plus personnalisés et modulaires ; un écosystème favorisant l’interdisciplinarité, l’apprentissage tout au long de la vie, l’innovation pédagogique et la coopération entre les différents acteurs de l’enseignement supérieur, de la recherche et du monde socio-économique. Plus encore, les échanges ont réaffirmé que la vocation des écoles d’ingénieurs demeure de former des femmes et des hommes capables d’allier excellence scientifique, responsabilité éthique et engagement au service du bien commun.
À l’approche des échéances politiques de 2027, cette édition anniversaire a également affirmé la volonté de la CDEFI de contribuer pleinement au débat public. Les échanges ont rappelé que les défis auxquels la France est confrontée (souveraineté industrielle, transition écologique, réindustrialisation, compétitivité, révolution numérique ou encore attractivité scientifique) ne pourront être relevés sans un investissement durable dans les formations d’ingénieurs et dans la recherche en ingénierie. Ils appellent une ambition nationale renouvelée en faveur des sciences, de l’innovation et de l’enseignement supérieur.
En célébrant son cinquantième anniversaire, la CDEFI n’a ainsi pas seulement rendu hommage à un demi-siècle d’engagement au service des écoles françaises d’ingénieurs. Elle a réaffirmé une conviction : dans un monde où la maîtrise des sciences et des technologies conditionne désormais la souveraineté, la compétitivité économique et la résilience démocratique, former davantage d’ingénieurs, renforcer la recherche en ingénierie et rendre ces parcours plus attractifs constituent des priorités stratégiques pour la Nation. Forte des enseignements de ce colloque, la CDEFI entend poursuivre son action comme force de proposition auprès des pouvoirs publics afin de contribuer à définir les conditions d’un nouvel élan pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation, au service de la France, de l’Europe et de leurs citoyens.
La CDEFI tient à exprimer sa reconnaissance à l’ensemble des intervenantes et intervenants, aux participantes et participants, ainsi qu’à tous les partenaires ayant contribué à la réussite de cette édition anniversaire. Elle remercie tout particulièrement Lorraine INP - Université de Lorraine pour son accompagnement. Cinquante ans après sa création, la Conférence se réjouit de la mobilisation de toute une communauté d’acteurs et d’actrices réunie autour d’une même ambition : faire des écoles françaises d’ingénieurs un levier majeur de souveraineté, de progrès scientifique, de compétitivité et de transformation au service de la société.