Rentrée 2023-2024 : le nouveau Bureau présente ses axes stratégiques dans une conjoncture économique difficile

22/09/2023
Alors que débute une nouvelle année académique, la CDEFI et son nouveau Bureau présidé par Emmanuel Duflos, directeur de l’EPF, a présenté les priorités de la Conférence pour 2023-2024 lors d’une conférence de presse organisée dans ses locaux le 18 septembre.

Si la rentrée académique s’est déroulée sans heurts dans les écoles pour les personnels et les apprenants, plusieurs sources d’inquiétude sont relevées. D’une part, malgré un recrutement global à première vue stable, l’évolution du vivier de candidates et de candidats permettra difficilement sur le long terme de répondre à l’ambition de former plus d’ingénieurs. D’autre part, les questions budgétaires, avec un contexte d’inflation et de hausse du point d’indice et des coûts de l’énergie qui occasionne une augmentation des dépenses que les dotations publiques ne compenseront pas.

Concernant l’année académique à venir, quatre grands dossiers occuperont les écoles d’ingénieurs, que la CDEFI accompagnera à travers ses cinq commissions thématiques, dont les périmètres ont été repensés en conséquence.

Alors que la nécessité de réindustrialiser la France et de développer l’industrie verte a été régulièrement mise en avant par le Gouvernement ces derniers mois, les écoles d’ingénieurs sont prêtes à se mobiliser pour contribuer aux grandes politiques nationales.
 
Pour ce faire, les écoles d’ingénieurs doivent former davantage et dans de meilleures conditions : 10 000 ingénieurs supplémentaires sont nécessaires par an et à très court terme afin de combler la pénurie de compétences rencontrée dans certains secteurs clés comme le nucléaire, le numérique, l’hydrogène. Ces filières, notamment, ont également besoin d’assistants-ingénieurs, de docteurs notamment des docteurs-ingénieurs. Pour œuvrer en ce sens, la CDEFI fait évoluer sa commission Recherche et innovation et y ajoute la dimension « Formation », afin de refléter la spécificité des écoles basées sur le triptyque formation-recherche-innovation et travailler sur le développement des compétences, de l’offre et des voies de formations notamment le développement de l’apprentissage et de la formation tout au long de la vie.
 
Mais pour former plus, il faut attirer plus de lycéens et lycéennes dans nos formations scientifiques et technologiques et leur garantir un égal accès aux formations indépendamment du genre ou de l’origine sociale : promouvoir la culture scientifique et technologique, mieux informer et orienter sont autant de leviers sur lesquels la Conférence s’attachera à travailler. Si Emmanuel Duflos (EPF) salue la réintroduction des 1 h 30 de mathématiques en première, il insiste sur la nécessité de « prévoir une articulation entre les enseignements secondaires et les formations du supérieur ».  

Toujours en lien avec les grandes stratégies nationales, les récentes conclusions du rapport Gillet nous poussent à rappeler le besoin de développer la recherche en ingénierie, condition sine qua non pour la production d’innovations soutenables dans des disciplines clés pour la réindustrialisation française comme la chimie, le biomédical, l’électrique et l’électronique, l’informatique, etc. Sur le sujet, Laure Morel (ENSGSI) a précisé qu’« il nous faut passer d'une vision monodisciplinaire des agences de programme et organismes de recherche à une dimension transversale, voire systémique » dans laquelle les écoles d’ingénieurs, dont la recherche est par essence pluridisciplinaire, trouveraient leur place.
 
Enfin, en écho aux enjeux sociétaux actuels, au plan Industrie verte de l’État et à l’intégration de ces questions au référentiel des formations, la CDEFI donnera cette année une place centrale à l’objectif d’œuvrer en faveur de la transition écologique et sociétale, matérialisée par la création d’une commission de travail éponyme. Comme l’a rappelé Cécile Delolme, « Les métiers auxquels nous formons seront des leviers clés associés au portage des politiques et enjeux de développement durable et responsabilité sociétale dans les années à venir ». C’est pourquoi il est nécessaire d’impulser une dynamique collective au sein des écoles d’ingénieurs : formation, recherche, gouvernance, politique partenariale, fonctionnement interne, etc. sont aujourd’hui sujets à de profondes transformations liées à la transition écologique.
 
Les élèves étant la pierre angulaire des écoles, un deuxième dossier mis à l’agenda de la CDEFI cette année est celui de garantir la qualité des formations et du cadre de vie et d’études.

Un premier sujet concerne la régulation de l’enseignement supérieur privé lucratif : la Conférence souhaite rappeler que le secteur privé, qui représente un tiers des écoles d’ingénieurs, présente des avantages non-négligeables, dont une agilité et une réactivité liées à l’absence de dépendance aux financements publics. Dominique Baillargeat (3iL Ingénieurs) a néanmoins souligné qu’« il existe une nécessité de contrôle car nous observons une insuffisance, voire une absence de régulation sur la création des écoles et sur les organismes associés, ainsi qu’un problème de lisibilité de l’offre de formation pour les jeunes et leurs familles ». Pour contrôler la qualité de cette offre dans l’enseignement supérieur, et ce indépendamment de la distinction entre écoles publiques et privées, trois questions entrent en jeu : l’évaluation de la performance des formations à travers des critères simple comme le taux de réussite, le taux de poursuite d’études, le taux d’employabilité ; la vérification de la fiabilité des données, aujourd’hui trop déclaratives ; et l’encadrement et la régulation de la création de nouvelles écoles.

Un second sujet est celui de la qualité de la vie étudiante, enjeu que la CDEFI mettra au premier plan cette année à travers la création d’une commission Orientation et accompagnement des élèves, qui marque une volonté d’accompagner les jeunes en amont de leurs études, c’est-à-dire dans leur processus d’orientation vers le supérieur, et au cours de celles-ci. « L'enjeu est toujours d'accueillir les étudiants dans les meilleures conditions possibles : favoriser l'inclusion de tous et toutes les élèves, lutter contre la précarité et valoriser l'engagement étudiant », a rappelé Dominique Baillargeat.
 
En termes financiers, si la CDEFI salue les efforts faits sur le budget de la vie étudiante, elle demeure inquiète quant au budget global des établissements et pointe la nécessité d’augmenter les financements des écoles. Romuald Boné a ainsi précisé que « Le contexte budgétaire de l'ESR est peu encourageant, avec de moins en moins de financements pérennes non concurrentiels, des compensations seulement partielles, la hausse du coût de l'énergie et l'inflation. ». La Conférence regrette une différence de traitement entre les écoles sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche et celles sous tutelle d’autres ministères, qui pour certains financent une hausse des effectifs et de la masse salariale, ou la hausse du point d’indice. Enfin, « une vraie inquiétude concerne la baisse des niveaux de prise en charge (NPEC) des formations par apprentissage, qui subissent une nouvelle baisse générale de -5 % et les propositions visant à réduire, voire à supprimer les aides relatives à l’embauche d’apprentis de l’enseignement supérieur ». Il est nécessaire de revoir la méthodologie de calcul des NPEC en finançant France compétences à la hauteur des ambitions nationale.

Par ailleurs en termes de ressources propres, plusieurs inquiétudes se font sentir en lien avec la taxe d’apprentissage. D’une part des retards et des difficultés techniques liées à la collecte, qui empêcheront les écoles d’utiliser les fonds collectés d’ici la fin de l’année. D’autre part, un risque d’assister à une hausse des fonds non fléchés par les entreprises, les écoles n’ayant collecté que 20 à 25 % des fonds attendus et n’ayant aucune visibilité sur la provenance des versements et sur la suite de la collecte. Afin de porter ces différents sujets budgétaires, la CDEFI conserve une commission dédiée, désormais nommée Ressources et accompagnement des personnels.
 
Enfin, Christian Lerminiaux a conclu la conférence de presse en alertant sur le fait que « seuls 3 % des élèves internationaux dans les écoles viennent de l’Union européenne », un chiffre qui montre la nécessité d’européaniser les écoles d’ingénieurs. L’ancienne commission International et développement devient ainsi la commission Europe et international afin d’affiche l’ambition de renforcer la place des formations, du diplôme d’ingénieur et de la recherche des écoles françaises d’ingénieurs dans un contexte européen. Celle-ci se traduit par plusieurs objectifs que la Conférence souhaite porter pour les deux années à venir : renforcer la participation des écoles au programme cadre européen pour la recherche et l'innovation, augmenter les fonds européens du programme Horizon Europe et les mettre davantage en lien avec le volet formation de l'enseignement supérieur, ou encore poursuivre le développement des universités européennes, dans lesquelles les écoles d’ingénieurs sont très impliquées.

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